ICN en visite à l’atelier.

Photo détail poche

C’était samedi (19 septembre) dernier, des étudiants de l’ICN Business School étaient à mon atelier-boutique pour me poser quelques questions et répondre à des problématiques concernant mon métier.


Lorsqu’il y a 4 mois Olga (la co-responsable du programme et professeur à l’ICN) est entrée dans ma boutique pour me demander d’être « une étude de cas », j’ai d’abord un peu hésité. 

Après quelques échanges, elle m’a avoué que ses « élèves » étaient déjà en poste ou, ont tous quelques années d’expérience derrière eux (moyenne d’âge de 35/40 ans). J’ai donc accepté sa demande et nous convenions de nous revoir à la rentrée.

« J’ai commencé à appréhender le jour-J« 

Pas spécialement stressé avant la rencontre, j’ai commencé à appréhender le jour-J. Vous savez, ce moment où vous imaginez que toutes les personnes autour de vous auront, quasiment tous des enfants, parleront couramment l’anglais, auront un peu voyagé et auront certainement des postes importants dans des boites toutes aussi importantes. Je ne me suis pas senti « petit » mais un peu surpris qu’ils se soient déplacés pour moi, ou du moins, pour mon activité.

« Comme si vous lisiez un texte sans en comprendre vraiment le sens »

La boutique n’étant pas spécialement grande, le fait d’avoir 10 personnes autour de moi m’a d’abord un peu perturbé. Parler en publique n’est pas une chose forcément aisée. J’énonçais la description de mon concept, mon histoire, ma stratégie, etc. Un peu de manières automatiques, il faut l’avouer, comme si vous lisiez un texte sans en comprendre vraiment le sens.

Nous sommes ensuite allés au premier étage de ma boutique, là où se trouvaient encore ma table de coupe et le nécessaire pour faire des séries de jeans il y a quelques mois. En effet, je l’ai transformé depuis en atelier photo (j’y reviendrai dans un autre article). J’avais prévu des petites collations pour mettre tout monde à l’aise (où me mettre à l’aise tout simplement en fait).

Atelier Dao

« Comme lors d’un stop-motion« 

L’ambiance était plus intime et nous avons commencé un jeu de questions réponses. Étrangement, j’avais l’impression d’être sur une autre planète.

Je n’étais pas sous l’emprise de substance illicite ou encore d’une boisson alcoolisée, mais contrairement au début de l’entretien, j’avais l’impression qu’il me posait des questions sur une autre activité, mais non, tout ce qu’ils étaient en train de me dire portait bien sur mon travail.

Je décrirais cette sensation comme lors d’un stop-motion dans les films ; comme lorsque l’acteur principal écoute une question de l’un de ses interlocuteurs et qu’une petite voix dans sa tête lui disait :

- « Sérieux ? C’est bien de moi dont il parle ? C’est sûr ? Il ne s’est pas trompé de personne ?« 

Fresh prince of bel air

– « Sérieux ? C’est bien de moi dont-il parle ? C’est sûr ? Il ne s’est pas trompé de personne ? »

« Ce charmant accent étranger »

Je ne me rendais pas bien compte, jusqu’à ce moment précis, de tout ce que j’avais accompli durant ces 4 dernières années (4 ans déjà oui). Peut-être est-ce le fait que les étudiants en face de moi me posaient leur question en anglais ou, était-ce ce charmant accent étranger lors des questions posées en français par les étudiant(e)s étranger(e)s, je ne sais pas. 

Ah, je ne vous ai pas dit, mais dans ce groupe d’étude, Kim et Olga (les encadrantes) étaient respectivement néerlandaises et hongroises, les étudiants venaient de France, Russie et des Pays-Bas.


 « Je n’allais pas inventer n’importe quoi pour broder »

Pendant cet échange, deux questions sont sorties du lot :

- « Quelles sont vos valeurs ?« 

- « Quelles sont vos inspirations ?« 

À cet instant, je pense que nous arrivions à l’essentiel : le « pourquoi » et le « comment ».

J’ai eu l’occasion de vous parler de mon expérience un peu ratée en Asie ici, voilà pourquoi mes valeurs m’ont décidé de faire fabriquer en France. À la fois pour employer des personnes qualifiées (majeures) dans le respect de notre environnement, mais aussi parce que je trouve cela (étrangement) plus simple.

J’étais heureux d’être à l’étranger, apprendre de ma culture, de mes racines, mais une question se posait :

- « Pourquoi suis-je obligé d’aller si loin pour fabriquer des jeans que j’aimerais vendre en France ? Ne serait-il pas plus logique de les faire fabriquer sur-place ?« 

Ce qui en ressort, c’est que je suis à la recherche d’authenticité, d’un contact direct avec mes clients (autant que possible), d’une logique et d’un pragmatisme sur le lieu où sont fabriquées mes produits.

Concernant l’inspiration, on m’a posé la question l’année dernière lors du concours « Talent de mode » à Lyon. Une question à laquelle j’ai répondu très franchement « l’automobile et mon histoire ». Après cette réponse, un membre du jury a toute de suite surenchéri en ajoutant « Et c’est tout ? C’est un peu juste, non ?« . C’est à ce moment que je savais que je n’allais pas gagner ce concours. En effet, je lui ai simplement répondu que je n’allais pas inventer « n’importe quoi » pour « broder ».


 « Se sortir d’une situation compliquée »

Donc, pour l’inspiration, j’ai répondu aux étudiants de la façon suivante :

- « Vous savez, on m’a souvent posé cette question, alors j’y ai déjà pas mal réfléchi (rires). En remontant au plus loin que je me souvienne, c’est d’abord parce que j’en avais besoin, ce n’était pas un simple passe-temps ou une passion. Lorsqu’on a besoin de quelque chose, on fait tout pour l’obtenir, c’est nécessaire.

Pour se sortir d’une situation compliquée, votre tête peut apprendre et intégrer les choses de manières très rapides.

« C’est qui fait mon histoire, et la trouve belle ainsi »

À l’époque, c’était pour éviter à mes camarades de classe de se foutre de moi, un truc très basique en fait. Mes parents ne roulaient pas sur l’or, on se refilait nos jeans de frère en frère et comme j’étais en queue de peloton, vous imaginez bien la tête des jeans (rires). À chaque fois que je raconte cette histoire, j’ai l’impression de lire « Les misérables », je n’ai pas envie que les gens me plaignent, c’est juste la vérité. J’ai des bons souvenirs de cette époque, c’est ce qui fait mon histoire, et je la trouve belle ainsi.

« Mon épopée »

C’est seulement après ces événements, que j’ai rêvé d’en faire mon métier. Après le décès de mon papa, je me suis dit qu’il était trop bête de ne pas réaliser ses rêves, (la vie est courte) alors j’ai tout fait pour y arriver. Oui, je sais, c’est bateau, mais c’est (aussi) la vérité. Après mon expérience en boutique, je me suis penché sur ma marque, une chose en ressortait, c’était mon goût pour le design automobile. Ma marque, c’est un peu mon « épopée » à la recherche d’influence dans le design automobile donc, mais aussi dans mes origines.

Je pense que je peux le dire aujourd’hui, je suis inspiré par mon papa. Avec le temps, je me suis rendu compte que je m’habillais comme lui : jeans court, chaussettes apparentes, mèche sur le côté, je suis une copie quasi-parfaite (rire)« 

Mon papa, c'est lui

Mon papa, c’est lui.

Enfin, je vais terminer cet article en remerciant chaleureusement les différents participants (Marijke, Cédric, Emmanuelle, Jean-Michel, Cyril, Andrey et Peggy) de cette « étude de cas ». Merci également à Olga et Kim.

Vous m’avez permis de prendre du recul sur mon travail et sur moi. Merci de m’avoir regardé avec « ces yeux ». (je me comprends avec cette expression)

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Davy Dao

Artisan Créateur
Je m'appelle Davy, je suis l'artisan derrière la marque DAO. Autodidacte, cela fait plus de 10 ans que je navigue dans l'univers du denim. Depuis 2014, je conçois et fabrique (de mes mains) mes jeans dans mon atelier-boutique situé 5 rue Saint Nicolas à Nancy. A l'image de mon atelier, mon blog est un endroit ouvert à l'échange et à la discussion.

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